Anecdote

Au cinéma, l'hyperactivité d'une Jordan Cavanaugh, pimpante légiste de la série "Preuve à l'appui", qui s'occupe, tant qu'elle y est, de l'audition des témoins et de l'interpellation. Non, là, l'histoire d'André Gueho renvoie à la routine d'un pédiatre chambérien. 55 ans, un cabinet... Particularité : c'est lui qui s'occupe des autopsies et examens de corps pour la police et la gendarmerie savoyardes.
Alors on lui a posé la question. Film TV, réalité : même combat ? Et là, il a fallu se faire une raison. Nos idées toutes faites, soigneusement pliées entre notre écran plat et nos DVD, se sont froissé en quelques secondes. Gueho : «Il n'y a que chez Navarro où l'on a l'heure de la mort à 10 minutes près !»
"On n'intervient pas dans l'enquête ! Après les constatations, on ne sait plus rien jusqu'aux assises."
Au hit-parade de l'improbable, donc, les certitudes horaires des "toubibs" cathodiques. «En fait, c'est plutôt approximatif... On vérifie les rigidités, la lividité. N'empêche, on a quand même des délais de plusieurs heures.» Mal vue, également, la tendance américaine à mélanger les genres. Dans "Preuve à l'appui", miss Cavanaugh, entre deux autopsies, range son scalpel, mène l'enquête et, bien sûr, résoud l'énigme. «Nous, nous n'intervenons absolument pas dans les investigations. On fait les constatations, et ensuite on ne sait plus rien jusqu'aux assises...»
Pas question, enfin, d'apercevoir le médecin sur une scène de crime, des certitudes plein la tête, avant même l'arrivée du commissaire-star de la série. «Je suis légiste "en plus"», corrige André Gueho, «la journée, je reçois mes patients.»
A notre demande, le Chambérien dissèque son activité. Il pratique d'abord des examens de corps, sur requête du procureur de la République. «La partie la plus importante de mon temps», juge-t-il. Traduction : il intervient quand le médecin qui doit signer le certificat de décès a le moindre doute. «Il n'y a pas d'opération. Je fais juste un rapport indiquant s'il y a des signes de délit ou non.» Deux fois par semaine, en moyenne.
Moins courantes, plus connues, les autopsies. Pratiquées à l'hôpital, sous l'oeil des enquêteurs. Et comme à la télé, cette fois. Le légiste : «On note par où c'est rentré, par où c'est sorti, on cherche les plaies...» Morbide ? Il nie : «Il y a le voyeur et l'actif. Celui qui est morbide, c'est le voyeur. Moi, quand je passe devant un accident, je ne m'arrête jamais.» Faut dire que ce travail, il commence à connaître. Il a ouvert ses premiers corps à 21 ans, en troisième année de fac. Bref, bien avant d'opter pour la spécialité "médecine légale"...
André Gueho, fils de gendarme, vient de Bretagne. Il a la langue fleurie, frottée à l'ail d'une expérience à rallonge. En 15 ans de carrière, dans la Cité des ducs, il a assez de souvenirs pour passer gentiment l'hiver. Comme ce jour où il a dû examiner une dame âgée. Décédée après une chute, dixit le premier rapport. «Mais j'avais trouvé la trace d'une balle...»
Au fait, "Les experts", il regarde ou pas ? «Bien sûr ! Ce n'est pas tout à fait les mêmes moyens... Mais j'aime bien !»